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Vous trouverez ici des réflexions philosophiques, historiques et politiques d'un franc-maçon

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Présidentielle 2027 : sortir du piège binaire entre continuité et rupture

Faut-il poursuivre, au prix de quelques ajustements, le modèle politique actuel, ou choisir une rupture radicale censée permettre de repartir de zéro ? D’un côté, la continuité d’un système institutionnel centralisé, technocratique et gestionnaire, dont une part croissante des citoyens ne comprend plus les décisions. De l’autre, la promesse d’une table rase institutionnelle, économique ou identitaire.

Cette opposition est trompeuse car ces deux orientations, malgré leurs différences, partagent une même conception verticale du pouvoir : elles continuent de penser la transformation de la société principalement à partir de l’État. Tantôt l’État administrateur et expert ; tantôt l’État refondateur et souverain. Dans les deux cas, le citoyen risque d’être réduit à la position de bénéficiaire, de contribuable, d’électeur ou de spectateur.

Or la crise démocratique française tient  à la distance qui s’est progressivement installée entre ceux qui décident et ceux qui vivent les conséquences des décisions. La défiance envers les institutions, l’abstention, la progression des votes protestataires et le sentiment d’impuissance ne peuvent être compris sans prendre en compte cette dépossession du pouvoir concret.

Remettre la personne au cœur de la politique

Une telle réflexion trouve un point d’appui dans la tradition personnaliste qui refuse deux réductions symétriques : celle de l’être humain à un individu isolé, uniquement défini par ses intérêts, et celle qui le dissout dans une collectivité abstraite.

La personne est un être de relations. Elle se construit dans des communautés concrètes : la famille, la commune, l’association, l’entreprise, le syndicat, la coopérative, les différentes formes de sociabilité et, plus largement, l’ensemble des corps intermédiaires. La démocratie ne peut donc se résumer au face-à-face périodique entre un individu électeur et un État qui gouverne.

J’invite donc à rompre avec une certaine tentation managériale de l’action publique. Gouverner ne consiste pas  à produire des normes, à déployer des dispositifs administratifs ou à piloter des indicateurs. Une politique démocratique doit également permettre aux citoyens d’agir, de s’organiser et de prendre des responsabilités.

La question n’est pas de savoir comment administrer toujours mieux les citoyens, mais comment leur rendre une capacité d’action.

La subsidiarité comme principe politique

C’est ici que le principe de subsidiarité prend tout son sens. Une collectivité de niveau supérieur ne doit pas accomplir à la place d’une collectivité inférieure ce que celle-ci est capable de réaliser elle-même.

Cette logique ne conduit pas à affaiblir l’État. Elle permet au contraire de le rendre plus lisible, plus efficace et plus légitime en le recentrant sur ce que lui seul peut véritablement accomplir : garantir la sécurité et la justice, assurer la solidarité nationale, conduire la diplomatie, protéger les grands équilibres économiques et sociaux, définir les normes stratégiques et préserver l’égalité entre les citoyens.

À l’inverse, tout ce qui peut être décidé efficacement au plus près des réalités devrait pouvoir l’être localement. La commune doit pouvoir agir sur ce qui relève de la vie quotidienne ; les intercommunalités et les départements sur les enjeux qui dépassent son périmètre ; les régions sur les politiques correspondant à leur échelle ; l’État sur les enjeux véritablement nationaux.

Cette architecture suppose une rupture avec l’inflation normative et la culture de la tutelle. Elle implique surtout de faire confiance aux élus locaux, aux associations, aux entrepreneurs, aux professionnels, aux citoyens organisés. La subsidiarité n’est pas une décentralisation de convenance : elle est une politique de la responsabilité.

Une troisième voie pour 2027

Une telle transformation n’est  ni une revanche des territoires contre Paris ni une remise en cause de la solidarité nationale. Elle vise à réconcilier unité et diversité, égalité et autonomie, autorité et liberté.

La subsidiarité suppose des responsabilités clairement définies, des ressources correspondantes, des mécanismes de péréquation et une évaluation transparente des politiques publiques. La liberté locale n’a de sens que si elle s’accompagne d’une véritable responsabilité.

Depuis des décennies, notre pays a construit une relation particulière à l’État : nous lui demandons simultanément de tout décider, de tout financer, de tout réglementer et de tout réparer. Cette attente est devenue contradictoire avec la complexité croissante de la société. Aucun gouvernement, quelle que soit sa majorité, ne peut prétendre administrer efficacement depuis le sommet une réalité aussi diverse.

Que voulons-nous ? Une démocratie dans laquelle le citoyen attend de l’État qu’il apporte une solution à chaque difficulté ? Ou une démocratie dans laquelle l’État garantit les droits, protège les plus vulnérables et crée les conditions permettant aux citoyens et aux communautés de prendre eux-mêmes leur part de responsabilité ?

Voulons-nous continuer à être administrés d’en haut ou redevenir collectivement capables d’agir ? Sortir du piège binaire entre continuité et rupture, ce n’est pas refuser le changement. C’est au contraire, accepter de changer profondément ce qui doit l’être : notre conception du pouvoir, de la responsabilité et de la démocratie.

La crise démocratique actuelle nous donne  l’occasion d’une refondation. Non pas en détruisant les institutions, mais en redistribuant effectivement la capacité d’agir.

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